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Reflets d’Octobre

octobre 2021

Il y a tout juste un an, j’écrivais la dernière semaine d’Incktober-2020 — Les chroniques de la Fréchette [1]

J’aurais aimé écrire la suite, ou une autre petite fable, juste pour renouveler l’expérience d’une écriture avec un mot imposé par jour, tout un mois durant. Cela m’avait été d’un grand secours et un réel plaisir durant cette période. Je n’étais pas en condition de relever ce petit défi cette fois.

J’ai délaissé mes carnets de routes ces derniers mois. Manque de mots, manque de verve, manque de motivation, manque de courage. Une année s’est écoulée depuis que j’ai entamé une longue chute sans piste d’atterrissage à l’horizon.

Il y a bien eu quelques remontées fulgurantes mais fugaces. La pente se stabilise, au mieux, elle s’aplanit. J’avance en trébuchant, souvent, mais j’avance. Lentement, à tâtons.

Je crois comprendre que cette période difficile m’a permis d’être moins intransigeante avec moi-même. De prendre soin de moi, et par la même d’autrui. Je suis, je l’espère en tout cas, devenue plus tolérante et plus à l’écoute. J’ai aussi beaucoup appris sur moi et les autres avec un ami proche. Je m’accorde le droit à l’erreur et à la douceur.

S’il faut tirer des aspects positifs de toutes les épreuves que l’on surmonte, celui-ci en est un et je vais essayer de ne pas l’oublier. Faire preuve de plus de tolérance et de recul attentif est une quête, un long chemin que je souhaite poursuivre.

Probablement que le fait d’être seule la plupart du temps, joue pour beaucoup dans ma capacité à m’acquitter de mes tâches sans trop de stress, sans accumulation de stress plus exactement. Je vis tranquillement et quasi dans le silence. J’ai le temps et le loisir de me rassembler quand j’en ai le besoin et la capacité. À part avec mes collègues de travail ou mes clients, je ne communique presque que par écrit, je ne fais mes courses qu’une fois par semaine et il m’arrive de passer une ou deux journées sans mot dire, et sans qu’aucune voix humaine parlée ne parvienne à mes oreilles. J’entends plus de chants d’oiseaux et d’humains que d’élocutions ces derniers temps.

J’écoute de nouveau de la musique, pas en permanence mais régulièrement. J’en découvre, j’en retrouve, sans me préoccuper de ce qu’en pense qui que ce soit. Seul mon plaisir compte et j’écoute ce dont j’ai envie, quand j’en ai envie. Cela ne m’était pas arrivé depuis plusieurs décennies, ou si rarement que j’en profite comme d’un sucre d’orge !

J’ai toujours cette question qui me taraude, de savoir où se trouvent l’illusion et la vérité, ou du moins ce qui s’en rapproche le plus, entre ce que l’on est, ce que l’on vit, l’image que l’on donne, celle que l’on souhaiterait donner et celle que les autres se fabriquent de nous.

Tout cela me semble complètement obscur et m’échappe totalement. Je ne sais pas si j’arriverai à comprendre un jour cette alchimie mais cela m’intrigue, terriblement. Parfois je suis même perturbée de m’apercevoir que ce qui se dégage de moi apparemment est à des lieux de l’état d’esprit dans lequel je me trouve. Et ce, sans que j’agisse de manière consciente pour produire cet effet. Est-ce que c’est pour tout le monde ainsi ? Certaines personnes me semblent des livres ouverts, d’autres de grands mystères mais peut-être est-ce que je me trompe et que c’est exactement l’inverse ?

Bon an, mal an, je tiens debout, j’avance et je crois même que je progresse dans ma capacité à vivre. La mélancolie ne me quitte guère, j’essaie de l’apprivoiser et d’en faire une compagne puisqu’elle est là, et qu’elle semble évoluer à son aise dans ma petite personne. À quoi bon lutter, elle fait à l’évidence, partie de mon héritage. J’ai la larme tranquille comme je l’écrivais précédemment et de plus en plus assumée. Ça ne va pas si bien, mais pas si mal au fond.

Je vais tenter de retrouver un peu de gaieté et de la garder bien au chaud, de quoi sautiller de temps en temps, en bonne compagnie.

J’espère finir mon cocon bientôt, ma petite pièce à moi, mon refuge. C’est long, fatiguant, je sens le poids des années et de la fatigue intense de ces derniers mois qui pèse sur l’avancée des travaux. Le plus dur est terminé, il reste l’habillage des murs et la pose du plancher qui vont demander encore quelques gros efforts. Je fais de mon mieux, à mon rythme. Je dispose encore de quelques semaines, jusqu’à début décembre pour finir l’aménagement.

Ah, et puis aussi, j’ai arrêté de fumer des cigarettes depuis le 30 août.
Le bidule électronique remplit son office, pour l’instant.

Je réalise en me relisant que je me suis écrit ici une sorte de lettre. En forme de billet de blog.

C’est peut-être à ça que servent les blogs carnets, à s’écrire des lettres, rien qu’à soi et à les envoyer voir le monde.

Sculpture flottante en matériaux de récupération. Bois, ferraille rouillée, liège, etc.

[1À l’occasion du défi #IWAK en écho à #Inktober 2020.