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Pause sardines

mai 2022

Je compte sur mes doigts les jours qui me séparent des embruns.

Le petit passage parisien préalable finira probablement d’extraire de mon être le peu d’énergie qu’il lui reste.

J’espère les quelques journées de repos qui vont suivre comme un répit nécessaire. Depuis que mes horaires sont plus réguliers, le plaisir majeur des vacances réside dans l’absence de contraintes et de planification.

J’ai passé la plus grande partie de ma vie sans (maudit) réveil et j’ai beaucoup de mal à m’y soumettre. Je sais que je ne suis vraiment pas à plaindre, que mon planning est assez souple, mais c’est difficile et probablement assez déstabilisant par rapport au rythme que j’ai eu pendant de nombreuses années.

J’ai longtemps travaillé la nuit, ou l’après-midi et en soirée, mais rarement le matin, ou sur des périodes très courtes et très intenses. Presque jour et nuit parfois, ignorant la fatigue, le rythme soutenu aidant à tenir. Un temps du moins. L’effondrement qui suit n’est pas bien beau à voir, mais il permet de refaire le plein d’énergie et de repartir.

Je sors du sommeil naturellement de plus en plus tôt, mais il existe une différence entre être réveillée et être opérationnelle. J’ai besoin de temps. Toujours.

Je m’étire, je respire, je soupire, je rêve à moitié entre deux microsommeils, je lis et puis soudain, une heure (ou plus) s’est écoulée sans que je m’en aperçoive. Et j’en ai besoin.
Sortir du lit précipitamment, m’activer sans attendre et me mettre au travail rapidement sont les garants d’une série de contrariétés et de petites catastrophes personnelles pendant les douze ou quatorze heures qui vont suivre.

J’ai pris l’habitude de faire quelques exercices de respiration ainsi qu’une ou deux postures de yoga au réveil. Je ressens le manque quand je n’ai pas cette possibilité et les journées débutent sur trois pattes. Je deviens irritable et souvent chagrine. Le mental en souffre plus que le physique.

L’on en revient toujours au point du « Ne rien faire » que je pourrais adopter comme devise. Mais plus que « Ne rien faire », c’est ne pas être obligée de faire ou du moins faire tranquillement, qui est important. Longtemps oui, mais tranquillement.

Et puis je n’écris pas assez à mon goût. J’aime écrire au réveil [1]. Pour ce faire, je devrais programmer le briseur de rêve au beau milieu de la nuit. Ce ne serait pas raisonnable et pas tenable bien longtemps.

Dans un peu plus d’une semaine, j’écouterai valser les vagues en respirant l’air salé et je souris en y pensant.

Respirer.
Respirer.
Nuages, Bateaux, reflets dans l’eau – Noir et Blanc – 2021 – Bretagne

[1Il faudra que j’écrive l’écriture apprivoisée dans un prochain billet