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Le petit bonze et moi

juin 2022

Je l’ai tout d’abord entendu avant de l’apercevoir.
Une langue que je ne connaissais pas récitait des sortes de prières, monocordes et claquantes où je ne percevais aucune pause respiratoire.

Après le premier virage sur le sentier de terre qui mène au lac, je suis restée interdite devant la scène qui s’offrait à moi.

Sous les vastes noyers, un hamac se balançait d’où dépassaient le buste et la tête d’un petit homme au large sourire, à la peau cuivrée, une étole rouge brique sur les épaules. Un bonze sorti de nulle part. [1]

Dès cette première rencontre il m’a fait de grands signes de salut, levant très haut le bras au-dessus de sa tête et agitant la main de droite à gauche sans interrompre le flot de sons et de mots portés par une voix étonnamment puissante.

J’ai répondu de la même manière et par la suite, chaque jour, avant chaque baignade, je le découvrais sous ses arbres le plus souvent silencieux et assis ou couché dans la toile tendue. Il me saluait joyeusement, je lui rendais son salut de bon cœur.
Immédiatement après, allez donc savoir pourquoi, un voile de tranquillité m’enveloppait et un sourire s’accrochait à mes lèvres. Toute guillerette.

Une seule fois, je l’ai découvert assis en tailleur au sol, le visage fermé, il semblait préoccupé. Il ne m’a pas vu passer. J’ai failli aller lui demander si je pouvais lui apporter une aide quelconque mais je me suis trouvée bête et peut-être importune, alors je ne l’ai pas fait. Au retour, le visage sombre avait disparu, il m’a fait de grands signes. J’étais contente pour lui que tout semble aller bien.

Je voulais lui demander l’autorisation de graver son image pleine de poésie, d’en garder le souvenir dans mon appareil, mais n’ayant à portée de main que mon téléphone je souhaitais revenir avec mon hybride pour essayer de rendre aussi fidèlement que possible l’harmonie de cette scène. Ce petit homme, souriant dans son hamac pendu sous le feuillage dense des noyers, une étoffe épaisse couleur safran accrochée entre deux branches, au loin quelques ballots de paille et le ciel ultra bleu, c’était trop beau pour être vrai. Magique.

Les orages sont venus les jours suivants, je ne l’ai pas revu.

J’avais pris à la dérobée une photographie avec mon téléphone lors du retour de ma seconde baignade sous un ciel un peu gris, pour garder une trace au cas où… Je crois que j’ai bien fait mais j’aurais mieux aimé avoir son assentiment. Il n’est sur ce cliché qu’une simple silhouette, pas vraiment identifiable, je préfère cela, ce qui s’en dégage est le souvenir que je souhaitais conserver.

Je l’appelle le petit bonze en référence aux petits moines de Jean-François auxquels je n’ai pu m’empêcher de penser, et j’espère vraiment que lorsque le soleil reviendra durablement il sera là, lui aussi.


[1Non loin de là, le long de l’autoroute, près de la sortie Meximieux, se trouve un temple/pagode bouddhiste laotien, il y a peut-être un lien ?

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