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Ire

juin 2022

Je sais contenir la déprime et le spleen, à peu près. Ils s’installent plus ou moins longtemps et s’estompent au fil des heures, des jours ou des semaines.
Des moments de tristesse teintés de désespoir, j’en ai eu à revendre ces deux dernières années.
La nouveauté depuis quelques jours, c’est que non seulement le moral est bien bas mais de plus, je suis à bout de nerfs.
Ça ne me ressemble pas.
Je ne me ressemble pas.

La colère prête à surgir comme un fauve sans que je sache pourquoi. Je ne sais pas la colère. Elle m’est étrangère le plus souvent. Je ne m’emporte pas, je pleure ou je me recroqueville quand je suis contrariée. Et pourtant, je m’énerve, je fais des étincelles, je rudoie, je ne supporte rien, je pars au quart de tour à la moindre réflexion, ou parce que c’est trop lent, ou pour rien. J’ai envie d’envoyer promener le monde entier et je m’effondre 2 minutes après en larmes et la boule au ventre.

Ma légendaire patience a bien du plomb dans l’aile.

J’ai horreur de brusquer ou malmener les autres quand ils ne sont responsables en rien de mon état. Il y a bien suffisamment d’injustice dans ce monde de brutes pour ne pas en rajouter. Lorsque je m’en rends compte il est trop tard, je m’en veux, cela me rend plus triste encore et coupable qui plus est. Et le cercle vicieux tourne, tourne à l’infini.

Je marche pendant des heures tous les jours, espérant faire baisser la pression aux berges des eaux calmes. Effet nul, à part que je tombe de fatigue en rentrant pour me réveiller en sursaut 3 heures plus tard. Triste et toujours fatiguée.

Je n’ai aucune raison matérielle d’en être là, je rentre de vacances.
Ça promet…

Je suis désemparée, paralysée devant cette situation et je ne sais pas quoi faire. La panique n’est pas loin de prendre le dessus. Mon pauvre cerveau se débat dans ce marécage comme il le peut et n’est guère en mesure de s’aider lui-même. Et je n’ai rien à raconter à quelque étranger ou étrangère que ce soit. Je ne sais pas faire, décidément, j’échoue à chaque tentative.

Non contente de ne supporter rien ni personne, je ne me supporte pas et je sens que ça va être compliqué et triste à vivre.

Trop.

J’ai supprimé le café, je ne bois que de l’eau et du citron, je vais offrir à Morphée une petite béquille durant quelques nuits, fabriquer une bulle, loin des tempêtes, et coups de grisou. Laisser faire le temps et remplir des carnets…
Je suis de bien trop mauvaise compagnie pour frôler les humains de près, en ces temps confus.

Je ne peux pas flancher, pas maintenant. J’ai pris des engagements, alors je vais tenir, comme je sais le faire, donner le change, en équilibre au bord du précipice jusqu’à ce que je sois en mesure de m’en éloigner. J’ai surmonté d’autres vagues, d’autres creux, je passerai bien cette barre. Je suis seule capitaine de ce radeau bancal. Mais je fatigue un peu.

Ne m’attendez pas, le printemps vous appelle.
Je vous rejoins bientôt.