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Équilibre

novembre 2021

Les jours rafraîchissent et raccourcissent. Je ne sais si une seule personne de ce côté-ci de la planète aime le mois de novembre.

J’entends toujours dire des autres qu’ils ne l’aiment pas. Et moi non plus pour tout dire. Même si c’est mon mois de naissance et que pendant les années d’enfance et d’adolescence la perspective d’une fête d’anniversaire était réjouissante, je sens régulièrement arriver cette partie de l’année avec lassitude.
Novembre est synonyme de grisaille et d’étiolement.

La nature se recroqueville, les migrateurs migrent, et l’on célèbre les morts au combat, ou pas, mais les morts dans les deux cas. Ceux qui ont des monuments et ceux qui n’en ont pas, mais que l’on fleurit une fois l’an à coups de gerbes grandiloquentes ou de Chrysanthèmes en plastique jaune made in china qui feront illusion jusqu’à l’année prochaine ou encore de plantes en pot pour qu’elles tiennent…

Plus tout à fait l’automne et sa douce lumière de fin de journée, pas encore l’hiver et ses ciels transparents de lumière bleutée accompagnés parfois de balades dans la neige.

Non, rien de tout cela en novembre. De la grisaille humide à perte de vue et des commémorations. Même le 5 novembre qui bouscule un peu cette morne plaine, prend des airs de commémoration triste avec ses remember, remember

Et pourtant, une flammèche semble se réveiller tout au fond de moi. Je n’en connais pas la nature exacte, ni la portée, ni la durée. Mais ce petit quelque chose de doux, de scintillant et de tranquille me tient compagnie et me ferait presque oublier tout le reste.

Je sais d’expérience que je ne suis pas à l’abri d’une rechute ou d’un retour de bâton. Prudence, prudence. Mais je ne peux m’empêcher de penser que tous ces mois de réflexions, de face-à-face avec moi-même, de questionnements, ont peut-être débouché sur ce qui me permettra de faire face et possiblement même, d’apprécier d’être en vie pour les temps qui viennent.

Il est un peu tôt pour l’affirmer, mais tout espoir n’est pas perdu.

La grande révélation de toute cette période, c’est mon besoin de temps de récupération, de calme, de solitude et du minimum d’entraves et d’obligations entre les moments relationnels, pour m’approcher de l’équilibre.
Est-ce pour tout le monde ainsi ?
Je vois des proches et des moins proches qui sont en permanence dans l’action, l’échange, la relation, qui cumulent les sorties et les activités et qui ont l’air de très bien s’en porter.

J’aime et il m’est également nécessaire d’avoir des relations humaines affectueuses, d’échanger, de partager. Cela m’est indispensable. Mais j’ai également de plus en plus l’impression qu’il me faut deux doses de solitude ou de tranquillité pour une dose de relation.

Dit comme cela, il pourrait s’agir d’une potion magique ou d’un filtre de bonheur… il n’en est rien. Je crois que c’est juste une histoire d’émotions, et de gestion de celles-ci. Je n’ai pas encore d’explications satisfaisantes, quelques pistes tout au plus, dont certaines me chiffonnent beaucoup ; mais la relation humaine me procure presque dans tous les cas autant de plaisir que de stress difficile à gérer.

Certains environnements sont plus rassurants ou apaisants que d’autres. Je peux passer du temps avec de rares personnes sans ressentir ce sentiment d’être submergée ou d’avoir besoin de souffler. Mais ce n’est pas le cas avec d’autres, que j’apprécie pourtant beaucoup.

Je vis très bien seule. Pas solitaire en permanence, mais j’apprécie d’habiter seule et de vivre à mon rythme, cela ne fait plus aucun doute. Il aura fallu que j’attende si tard dans ma vie pour le découvrir que j’aurais très bien pu ne jamais en faire la douce et instructive expérience.

Il est indéniable que je le pressentais. Certaines décisions et dispositions de vie que j’ai prises depuis longtemps sont probablement dues à une intuition de cette nécessité, si ce n’est à son analyse.

Voilà donc un étrange mois de novembre grinçant comme une porte rouillée qui s’entrouvre. J’ai dans le coin de la tête et au bout des doigts, une histoire en train de naître dont je n’aurai cette fois pas la prétention de dire qu’elle ne me ressemblera pas, même si je n’ai aucune intention de me raconter. Je ne sais pas quelle forme elle prendra au final. Peut-être aucune, il y a des chances que je ne termine jamais. Cela me ressemblerait assez.

Il n’y a aucune urgence, juste des mots qui trottent et que je griffonne ou tape quand c’est le moment pour le plaisir de garder une trace de mon imagination galopante.

Et puis je respire, de plus en plus et de plus en plus profondément.

La grande nouveauté c’est que je n’ai pas l’intention d’arrêter tout de suite.

Now, I might be sittin’ here all by myself
But I feel the presence of somebody else
I’m just passing the time till he calls me home
There’s a difference in lonely and bein’ alone

The Steeldrivers - Lonely and beeing alone