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Derrière les lilas

mai 2021

L’atelier derrière les lilas

Pour des raisons de santé, indépendantes de la volonté de notre vieux tandem bien rodé, nous nous apprêtons de nouveau à partager notre quotidien, à plein temps, pendant les prochains mois.

Pour l’instant mon bureau se trouve dans la pièce qui fait office de salon, à proximité de la terrasse et de la cheminée. Je m’y sens bien quand je suis seule mais je sais que pour pouvoir travailler et rester concentrée il ne faut aucune intrusion dans mon « univers ».

Depuis longtemps, j’aimerais avoir un coin à moi. J’ai réalisé il y a peu que depuis ma chambre d’adolescente, je n’avais jamais bénéficié d’un endroit juste pour moi, à agencer, occuper comme je le souhaite. Il y a bien le potager qui est mon domaine presque exclusif mais il est un peu exposé aux intempéries pour songer à y installer mon bureau, tout bien réfléchi. Je ne vis seule que depuis quelques mois et pour la première fois de ma vie. J’apprécie cela à sa juste valeur et j’ai pris la mesure de ce confort, particulièrement en ce qui concerne mon temps de travail. J’avais envisagé un temps, d’installer une roulotte dans le jardin pour en faire mon nid, mais c’est difficile à trouver, ou hors de prix et cela demandait beaucoup d’aménagements intérieurs dans la plupart des cas.

La maison est suffisamment grande mais je ne peux m’y réserver une pièce, elle n’a pas été conçue pour ça, et ce serait bien dommage de compartimenter les grandes pièces de vie.
Il est hors de question que ma petite mère me cède sa chambre. Elle n’y verrait pas d’inconvénient, bien au contraire, mais je n’aimerais pas du tout la voir dormir dans le salon quand elle me rend visite.
Comme elle ne manque pas d’idées lumineuses, elle m’a suggéré d’aménager « l’atelier », qui ne sert pas beaucoup et va probablement être encore un peu moins utile à l’avenir. L’établi, les outils et autres fournitures pour travaux en tout genre pourraient avantageusement être transférées dans une cabane de jardin en bois, à l’extérieur ce n’est pas la place qui manque !

Des outils, des outils et un établi.

Petit — un peu moins de 9 mètres carrés — l’actuel atelier, dispose d’un point d’eau, du chauffage, d’un toit et de quatre murs. La fenêtre et la porte s’ouvrent sur la passiflore. Que demander de plus ? Il n’y a plus qu’à…

Pour l’instant il est très, très encombré d’objets de toutes sortes.

Des vis, des clous, des vis, et des tuperwares…

Me voici avec un projet titanesque à mon échelle mais également empli de promesses.
En premier lieu, construire la cabane pour laquelle je vais me faire aider par un professionnel. Je bricole assez bien mais la dalle en béton et le montage, je ne me sens pas d’attaque. Et puis le temps presse.

Ensuite il faudra transférer ce qui doit l’être, jeter ou donner le reste, poser des étagères dans la cave pour ce qui ne craint pas l’humidité, isoler les murs et le toit en fibrociment, rajouter de la terre et des plantes pour un toit végétal, peindre, poser un plancher flottant.
Installer un bureau, une banquette lit, une bouilloire, un petit meuble de rangement, et j’aurais mon cocon.
Je crois bien que je vais lui donner un nom, tellement je l’aime déjà.

J’ai commencé à débarrasser cette petite pièce et je réalise l’ampleur de la tâche. Je demanderai de l’aide aux copains, mais je sais que je vais devoir réaliser la plus grande partie de ce projet avec mes petits bras, et le bras gauche du compagnon de toujours qui ne rechigne pas à la tâche mais se trouve empêché, pour quelques longs mois probablement.
Le courage ne manque pas. Le plan est dessiné, au millimètre.
Je l’occupe déjà.
Je l’écris déjà.

C’est une des plus grandes joies de cette perspective, un lieu pour travailler mais aussi pour écrire et rêver même lorsque je ne suis pas seule ici.

Une chambre à soi dont on peut fermer la porte à clé pour ne pas être dérangée, en quelque sorte. La vie nous pousse parfois à aller là où l’on a envie d’être. Je vais me laisser faire et l’aider un peu. J’écrirai pour moi.

Écrivez ce que vous désirez écrire, c’est tout ce qui importe, et nul ne peut prévoir si cela importera pendant des siècles ou pendant des jours. Mais sacrifier un cheveu de la tête de votre vision, une nuance de sa couleur, par déférence envers quelque maître d’école tenant une coupe d’argent à la main ou envers quelque professeur armé d’un mètre, c’est commettre la plus abjecte des trahisons.

Une chambre à soi — Virginia Woolf