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Brume

novembre 2020

Couchée tôt. Vers 20 heures. J’ai lu, sur fond de Philip Glass solo au piano, une cinquantaine de pages. L’écriture d’une femme, magnifique. « La calanque de l’aviateur », il faudra que je vous en parle. Pas tout de suite, je veux faire durer le plaisir et me délecter longtemps de cette poésie atypique. Le sommeil m’a prise par surprise, j’ai dormi presque d’une seule traite, jusqu’à 5 heures.
Un sursaut vers 2 heures, vite estompé par le rêve interrompu, qui a repris sa course folle au milieu des dunes, laissant dans le sable des traces de pieds nus.
Réveil en douceur, reposée, m’étirant et poussant de petits cris d’animal satisfait.

Café, pilules diverses — il faut soigner —, cigarette, terrasse.
La brume matinale enrobe le paysage. Je distingue à peine la cime des arbres et des haies. La nature se cache derrière son manteau de mystère, opaque. L’air lourd et humide venant du sud ne glace pas. Emmitouflée dans ma doudoune orange, trop grande pour moi et garnie de duvet, je profite de cette douce chaleur et du silence. La tasse de café réchauffe les paumes.

Je vais retourner sous la couette, pour y lire et écrire ces quelques mots. La journée sera calme, je la veux douce et réconfortante. Je vais me laisser vivre comme un dimanche. Écrire, dormir, lire, rêver les yeux ouverts. Le corps et le cerveau réclament le repos. Pour le corps c’est facile, pour le cerveau moins. Il est rebelle, s’obstine à se nouer et à se torde, sans s’accorder de pauses.

La passiflore n’a pas cessé de fleurir, elle lutte.
Bientôt elle perdra ses dernières feuilles. Je protégerai les tiges mères avec beaucoup de paille. Les plantes aussi aiment être emmitouflées pour l’hiver.
Les volets ouverts, je verrai le jour se lever, et les stries de soleil, s’il décide de se montrer, transpercer la nappe grise.

Première journée de novembre, celle où l’on va fleurir les morts d’atroces chrysanthèmes venus de Chine. Je ne visite pas les miens. Je les laisse dormir, qu’ils se reposent en paix, sans qu’on les dérange.