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Bougies

juillet 2022

Ce blog fête son cinquième anniversaire. C’est peu comparé à d’autres, pas tout à fait l’âge de raison, mais je souhaite le célébrer tout de même.
Après l’avoir laissé végéter pendant plus de 2 ans j’ai fini par y trouver ma place et il a été le témoin d’importants tournants de vie.

Il y a quelques jours j’ai amorcé des évolutions techniques.

En route pour le statique sans doute (il me reste quelques tests à faire), exit les menus, les rubriques, vive les tags, bienvenue aux vidéos YouTube liens vers des chouettes trucs et à la place nécessaire pour les glanages sur le web (ou ailleurs) qui titillent mon neurone. Ce ne sera pas une mauvaise chose de revoir son habillage, de tricoter un thème sombre, de changer son moteur et de ne pas l’architecturer comme un site vitrine avec son inutile menu, de prévoir un meilleur espace aux photos, etc., etc. Ce projet d’envergure à mon échelle est en cours, et cela va prendre du temps. Rien ne presse.

Mais ce n’est que la partie immergée de l’iceberg.

Il a déjà adopté un nouveau petit nom. Sans modification d’URL, tellement plus proche de ma réalité, comment n’y avoir pas pensé avant ?

Au fond, tout au fond, une petite voix me répète depuis quelque temps déjà que je me fourvoie. Je vais profiter de cette sorte de refonte pour faire un peu de ménage dans les textes publiés ces 2 dernières années (c’est en cours également) et tenter de garder le cap pour ceux qui sont à venir.

Je suis de plus en plus mal à l’aise avec certains billets, principalement rédigés lorsque je n’étais pas au mieux de ma forme affective et émotionnelle. Je n’emploie pas « forme mentale » ou « psychologique » sciemment, quand je dérape c’est toujours l’affect qui est déstabilisé, qui se défend comme il peut, mal et en désordre le plus souvent.

Un soir de long silence propice à la réflexion sereine, la banalité et l’inadéquation de certaines pages de ces carnets, m’ont sauté à la figure comme une déflagration. Ou peut-être juste comme une évidence pour le dire sans l’inutile emphase qui me pèse quand je me relis ?

Puisque j’aborde le sujet de l’affect, j’y reviens, justement.
Je sortais à peine d’un état de sidération (le mot n’est pas trop fort cette fois) où m’avait plongée une découverte à laquelle je ne m’attendais pas. Je ne l’évoquerai pas ici, elle n’y a pas sa place, et je préfère mettre le projecteur sur ce que j’en ai retiré. C’était une étape nécessaire.

Ceci m’a permis de réaliser que je pouvais faire confiance à mon « intuition ». Ce réseau de sensations qui ne se tait jamais, fait de si petits détails assemblés presque à mon insu, insignifiants pour d’autres, mais éclairants pour moi, n’est pas une tare ni une fragilité. J’ai compris que je devais lui faire confiance au lieu de l’étouffer.
Et plus largement que je devais me faire confiance. Et ce n’est pas rien.

Il était temps d’admettre que je vivais mal les déceptions, les coups de griffes ou petites blessures, mais que j’avais appris depuis trop longtemps à marcher sur des œufs, pour faire comme si. Une spécialité familiale transmise de mère en fille. Je vous la déconseille, les convives en sont le plus souvent satisfaits, mais elle est très instable et peu confortable pour la cuisinière apprentie équilibriste.

La sensation, qu’un long processus entamé il y a plusieurs mois a permis d’éviter la détestable phase d’amertume qui suit parfois les désillusions ou les contrariétés me rassure également.
(J’espère qu’elle n’a pas juste pris son temps pour me sauter dessus quand j’aurai le dos tourné, mais je suis, curieusement, plutôt persuadée que pour cette fois du moins, je lui ai fait la peau.)

La face sage ou du moins sereine a repris le dessus depuis plusieurs semaines semble-t-il, je vais faire tout ce qui est en mon pouvoir pour qu’elle s’installe. Elle est une compagne agréable.

Je n’y serais pas parvenue sans autres connexions.
J’ai croisé un petit bonze, nagé en eau douce, observé les étoiles, inspiré, expiré profondément. J’ai été soutenue à distance par un réseau de fées aussi diverses que bienveillantes et quelques personnes de la garde rapprochée qui font clignoter mes e-mails ou m’ouvrent leur porte. Tout cet entourage m’a apporté de l’aide spontanément et peut-être sans le savoir ou vraiment s’en rendre compte. C’est précieux.

Ces carnets occupent une place non négligeable dans la naissance ou la pérennité de ces liens.

Dans le même temps une relation paisible, faite de respect mutuel, d’amitié réelle, de vieille complicité et de liberté retrouvée, s’installe tranquillement avec le compagnon de toujours. C’est plus facile d’apprécier et d’assumer un choix de quotidien solitaire quand l’on sait que la frustration d’une personne chère diminue.

En trois mots, je vais mieux. Bien mieux même.

Et tout ceci m’a conduit à réfléchir posément au pourquoi et au comment de ce blog.

Je n’ai pas cette culture. Je l’ai ouvert, gentiment encouragée par un ami qui lors de nos discussions (nombreuses et riches) me disait
— Ça, tu devrais l’écrire, tu as des choses à dire.
Probablement qu’une part de vanité s’est vue gonflée par cette perspective :
— J’avais des choses à dire ! (Sous-entendu intéressantes, bien évidemment ^^)
Je suis loquace, j’aime partager ce que je ressens et observe, l’argumentation et la critique (au sens analyse) m’intéressent, la complexité humaine m’interroge ; il n’en fallait pas plus pour me convaincre.

Je gardais cependant quelques réticences après avoir vu s’écraser en plein vol une jeune femme, se dévoilant beaucoup sur la toile, à qui j’avais suggéré de se livrer moins si elle ne voulait pas en subir de fâcheuses conséquences. Elle s’est depuis mise en retrait. (Sans influence aucune de ce que j’avais trouvé prudent, mais probablement maladroit de lui dire, il y a bien longtemps.)

Je m’étais donc promis de ne pas me laisser aller à des débordements (laissez-moi rire un peu ^^) qui pourraient me fragiliser et accentuer la difficulté que j’ai parfois à rester dans les clous du socialement correct.

Oups !
Une dépression à trois-quarts de vie plus tard (à peu près), j’ai dérapé à mon tour. Une glissade à pic et me voilà tout occupée à me répandre. Moi, moi, moi et puis mon moi, liquide.

Non pas, ma vie mon œuvre (d’œuvre il n’y a trace), non pas une démarche quelconque, pas plus une forme de thérapie bénéfique, non pas. Sans même l’excuse éventuelle du fait que l’étalage de fissures personnelles puisse aider mon prochain dans une situation similaire ou, soit une prise à témoin, une preuve de courage ou même simplement puisse me faire du bien.

En « Plaisante Sagesse Lyonnaise » ceci peut se résumer ainsi « t’as beau bassouiller dans la gabouille, t’en feras pas tant des œufs à la neige ». (Bassouiller = Remuer, Gabouille =Boue, Gadoue)
Ressasser ne m’est d’aucun secours, défaire et refaire sans cesse les mêmes nœuds non plus, c’est même tout le contraire.
Dont acte.

Ce qui me questionne le plus ce n’est pas tellement le contenu de ces carnets qui est sincère quoiqu’ennuyeux parfois et quelque peu répétitif, mais l’espace où il se trouve.

Est-ce bien le lieu ?
J’écris pour moi principalement certes, mais lorsque je publie, c’est bien que l’intention est différente de celle qui me motive quand je ne publie pas. L’idée que de complets inconnus, égarés sur le web, pourraient me lire par hasard ne me plaît pas tellement (en fait ça m’est complètement égal) et je n’en attends rien. La face publique est superflue et stérile, actuellement.

Toutes ces interrogations sur la finalité, et la vacuité de la démarche consistant à tenir un blog personnel ont été abordées à maintes reprises sur tous les fils de la toile (pardon aux vieux de la vieille pour les redites). J’en suis forcément imprégnée. Souvent questionnées par les auteurs et autrices ainsi que par des scientifiques et les sociologues qui étudient l’impact de la surexposition et de l’explosion des frontières vie privée/vie publique sur le bien-être ou la santé mentale, ces questions sont complexes et les réponses personnelles. Je n’apporterais rien de plus avec mes maigres moyens à toutes ces intelligences réunies. Mais j’ai maintenant une vision plus limpide de ce que j’attends de cet espace d’écriture et de ce que je souhaite m’y autoriser.

Je vais donc clore le sujet et passer à la suite.

Sans être exceptionnelle, j’apprécie de pouvoir partager une écriture qualifiée parfois de douce et même de tendre, qui me convient très bien. C’est ce qui m’est le plus naturel, sans aucun doute, bien que le risque de ronron monotone soit bien réel.

Un peu de douceur dans ce monde de brutes… et beaucoup de bâillements.

Cette pratique de rédaction régulière, devenue source de bien-être et de satisfaction (n’en déplaise à Paul Auster ;-), est bien partie pour m’accompagner un bout de chemin. C’est l’une des meilleures choses qui me soit arrivée durant cette période troublée. Le repli sur l’écriture s’est avéré être une ouverture et un moyen de tisser des liens. Je me fiche bien de savoir qui je suis dans l’absolu, c’est l’autre qui m’intéresse. L’autre qui me nourrit de sa différence.
Je n’existe pas sans la relation à l’autre même s’il me faut parfois faire des pauses, en tête à tête avec moi-même.
J’aime bien l’image d’une étoffe solide, tissée de fils hétéroclites qui me rassurent. Elle m’est nécessaire et réconfortante, merci à celles et ceux qui en font partie, j’espère leur transmettre un peu de la chaleur qu’elle me procure.

J’aimerais également pouvoir publier sans souci de « pseudo-anonymat », sans avoir la sensation de devoir me dissimuler parfois, même si je n’ai nullement l’intention d’y ajouter mon portrait ou d’autres signes de reconnaissance ni de battre le rappel à tout vent. Cela devrait être plus simple dans quelque temps.
Écrire sous mon patronyme ne me convient pas pour autant, après mûre réflexion, et discussions profitables qui m’ont éclairée.

Je n’ai pas de particularité identifiée et significative à transmettre (si ce n’est un bug de sérotonine, j’en parlerai bientôt), personne à guider, pas de conseils pertinents à donner. Je mène depuis longtemps et pas si mal ma petite barque tout compte fait. Mon environnement est des plus agréable, j’ai du temps pour moi, je serais bien malvenue de me plaindre.

Je vais m’efforcer de faire preuve de simplicité et raconter sans grandiloquence mes histoires personnelles si j’en ressens le besoin ou l’envie, et celles que je fabrique en gardant la pudeur qui m’est nécessaire pour les premières et la liberté qui m’est chère pour les autres.

Billet d’intention, billet d’étape, ou simplement d’anniversaire ? Je ne sais comment qualifier cette (trop) longue prose.

Il fallait que je l’écrive, je flotte un peu mieux, je veux m’en souvenir.

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